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La tortue luth à l’épreuve des changements globaux

Mis à jour : mars 23

Focus sur la Guyane française avec la publication d’une étude portant sur 28 ans de suivi scientifique (Chevallier et al 2020. « Survival and breeding interval of an endangered marine vertebrate, the leatherback turtle Dermochelys coriacea, in French Guiana »)

Crédit photo : Antoine Baglan


La tortue luth, la plus grande des tortues marines et emblématique de la faune guyanaise, figure aujourd’hui dans la liste des espèces menacées de l’UICN : elle est classée comme étant « vulnérable » à l’échelle mondiale, tandis que sa situation est encore plus inquiétante à l’ouest de la Guyane française, où on la considère désormais comme « en danger d’extinction ». Damien Chevallier, chercheur au CNRS, et 7 co-auteurs (Marc Girondot, Rachel Berzins, Johan Chevalier, Benoit de Thoisy, Jacques Fretey, Laurent Kelle et Jean-Dominique Lebreton), ont publié le 13 février 2020 les résultats d’une étude portant sur les données collectées pendant 28 ans de campagnes de marquage sur les plages de l’ouest. À la lumière du travail mené sur 46 051 individus, marqués et recensés entre 1986 et 2013, les résultats sont probants.


Le nombre de tortues luths entre 1990 et 2018 a baissé de 12.95% à Yalimapo. Alors que les femelles qui viennent pondre en Guyane représentaient 40% de la population mondiale en 2001, leur part est désormais réduite à 10%. Quand on ne les voit pas revenir tous les 3 ans environ, comme à leur habitude, on pourrait supposer que c’est parce qu’elles ont choisi un autre lieu de ponte dans un pays voisin, comme au Suriname par exemple. Cependant cette hypothèse ne peut expliquer à elle seule la disparition de la Luth des plages guyanaises, au regard de la baisse globale des effectifs à l’échelle régionale (Guyana, Trinidad, Suriname et la région caribéenne dans son ensemble).


Alors que ses chances de survie d’une année à l’autre sont relativement faibles en Guyane (78%) par rapport à d’autres sites de pontes notoires dans le monde, on observe qu’une Luth ne pondra en moyenne que 3 fois dans sa vie, chiffre étonnamment faible au regard de son espérance de vie très longue. Dans l’ouest de la Guyane, le nombre moyen de pontes par femelle au sein d’une même saison est passé de 7 à 4 ces 30 dernières années (Girondot M., Fretey J. & Chevallier D.), diminuant drastiquement le nombre total d’œufs pondus par femelle.


Passeraient-elles plus de temps à se déplacer, au détriment de leur reproduction ? De récents suivis satellitaires menés par le CNRS ont montré que, pour une même durée, les tortues luths parcourent aujourd’hui plus de distance qu’il y a vingt ans, et semblent moins s’alimenter. Ce changement de comportement pourrait être lié à la raréfaction des ressources, dû au dérèglement climatique. Ainsi, les réserves corporelles des femelles, accumulées durant la migration, ne seraient plus en mesure de compenser l’énergie allouée à la reproduction. Ces reptiles à la biologie bien spécifique sont également sensibles aux changements de températures, qui pourraient entraîner un déséquilibre entre le nombre de femelles et de mâles à la naissance.


Les indicateurs révélés grâce à cette étude apporteront de nouveaux éléments pour expliquer les variations démographiques des tortues marines, évaluer leur potentiel à s’adapter aux changements globaux, et mettre en œuvre les mesures de conservation qui s’imposent pour remédier à leur disparition.


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