Amélioration des connaissances

Améliorer les connaissances au service de la conservation

L'amélioration des connaissances acquises sur les trois espèces de tortues marines nidifiant en Guyane est déterminant pour la bonne conduite des actions de conservation et de réduction des menaces. Ainsi, le suivi des populations (nombre de pontes et nombre d'individus reproducteurs) ainsi que la détermination des paramètres démographiques constituent des éléments d'évaluation des actions de réduction des menaces.

Déterminer l'évolution des effectifs des populations de chaque espèce

 

Cet objectif inclut tant l'évolution du nombre de pontes que du nombre de femelles nidifiant chaque année. Afin d'évaluer le nombre de pontes, les traces de tortues marines sont recensées chaque années.Le suivi des traces de pontes de tortues marines permet d'estimer la population de tortues nidifiant sur les plages de Martinique. Ces données sont précieuses car elles permettent de connaître les tendances d'évolution des effectifs et donc d'adapter les politiques de conservation. 

Le suivi démographique par marquage des femelles nicheuses s'effectue selon un protocole de Marquage - Capture - Remarquage (CMR) intégrant la pose (marquage) réalisé à l'aide de bagues puis transpondeurs électroniques (PITs).

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Durant la période de ponte (de février à août), les plages sont parcourues chaque nuit par des patrouilleurs qui recherchent les femelles en ponte afin de lire leur éventuelle marque. Le numéro des femelles ainsi marquées est relevé par l’équipe de patrouilleur : on parle de « recapture ». Les femelles ne portant pas de marque sont pucées (ou « pitées ») par les patrouilleurs, leur attribuant ainsi un numéro unique : on parle de capture – marquage. Les marques permettent l’identification et le suivi individuel des femelles nicheuses. Depuis 2019, la campagne de marquage individuel des femelles nicheuses n'est plus réalisée annuellement. Les suivis ayant été régulier sur plusieurs années, la priorité est aujourd'hui à l'analyse des données récoltées. Au moins 12 années consécutives de marquage avec effort régulier ont été effectuées pour la tortue Luth(à l'ouest et à l'est), 9 années pour la tortue Verte (à l'ouest), et t 10 années pour l’Olivâtre (à l'est).
 
Un nouveau programme de suivi des femelles nicheuses selon un protocole CMR a été proposé. Pour la Tortue luth et la Tortue verte, il a été proposé de mettre en place un suivi renforcé pendant 3 années consécutives, tous les 9 ans, et de réaliser une estimation les autres années. Concernant la Tortue olivâtre, il a été proposé de mettre en place un suivi renforcé pendant 2 années consécutives, tous les 6 ans, et de réaliser une estimation les autres années. En dehors des années de suivi renforcé, seul le CNRS-IPHC poursuivra le suivi CMR lors de ses missions en Guyane, visant d’autres objectifs en priorité.

Comprendre la répartition des différentes populations et leur niveau d'interaction

Savoir s'il existe ou non des sous-populations à l'échelle du plateau des Guyanes et leurs éventuelles interactions permet de valider ou remettre en cause l'approche conservatoire adoptée.

En effet, une différenciation entre l'Ouest et l'Est de la Guyane impliquerait que la chute du nombre de femelles nidifiant à l'Ouest ne peut être expliquée par l'augmentation de ce même nombre dans l'Est, et qu'il s'agit finalement de deux dynamiques distinctes. La question de la conservation de la diversité génétique des populations par la préservation des sites de pontes peut également être soulevée. La réponse à cet objectif de faible priorité (4/5) passe essentiellement par des études génétiques.

Comprendre la dynamique des populations de chaque espèce

La réponse à ce groupe d'objectif passe par l'analyse des nids ou par l’analyse des données de suivi par CMR à moyen ou long terme. Elles permettent de comprendre les facteurs d'influence des paramètres démographiques des trois espèces, en mer comme sur les sites de ponte.

La dynamique des population se comprend également en observant des segments de population habituellement peu contactés : les tortues marines mâles et juvéniles. Des tortues vertes immatures sont régulièrement observées près des ilots rocheux de Guyane (îles du Salut, îlets de Rémire, Grand Connétable). Ces populations juvéniles sont aujourd'hui méconnues et n’ont fait l’objet d’aucune étude jusqu’à présent. L'étude de ces populations a donc une double finalité : 1/ déterminer la nature des déplacements (autour de l’île et/ou échanges avec les autres îles) afin de définir les différents schémas d’activités (habitats préférentiels, domaines vitaux) ; 2/ évaluer l'effet potentiel de la pêcherie côtière.

Améliorer la connaissance et les quantifications des menaces

Améliorer la connaissances sur les menaces existantes ou potentielles passe tout d'abord par la connaissance des déplacements des tortues marines durant et entre les périodes de reproduction.  En effet, cela permet de connaître l'écologie des tortues marines et les zones d’intérêt écologique. Les déplacements des tortues marines sont analysés grâce à la pose de balise sur leur carapace ou leur dossière. Les données recueillies sont ensuite croisées avec la cartographie des différentes menaces (interaction avec la pêche professionnelle ou INN, présence de polluants...) afin de mettre en évidence des zones d'interaction critiques et d'adopter un plan de conservation spécifique. La pose d'accéléromètres sur des tortues vertes a également permis d'analyser le budget temps d'une tortue verte en Guyane, afin de comprendre le comportement adopté lors des déplacements.

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L'état sanitaire des tortues marines est également observé afin de connaître l'état du milieu en Guyane. Enfin, les effets potentiels du changement climatique et du contexte particulier de la dynamique du littoral font partie des actions entreprises dans le cadre du PNA.